jeudi 15 février 2018

Tranches de vie...( 18 )

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Heinrich, boucher du village de Pierre et Rosalie, était un homme d’origine germanique et très droit dans sa carrure et son métier. Il fallait demander bien tôt dans la saison des cochonnailles pour réserver sa présence lors de l’abattage et du dépeçage du cochon.
Et ce jour là c’était presque cérémoniel, rituel, on tuait le cochon de l'année. Tôt le matin vers 6 heures, le propriétaire de la bête, en l’occurrence le papa de Rosalie, se levait et faisait bouillir un maximum d’eau chaude pour remplir l’espèce de « brancard à cuvette » en bois, une auge rectangulaire à bras, servant à la déplacer, il fallait être à quatre pour ce faire.
Le cochon hurlait, se débattait rudement, maintenu par quatre gaillards du village, le papa de Rosalie entre eux, mais cela ne durait guère longtemps, le boucher avait le coup de main, le bras assuré pour l’assommer d’un coup bien placé avec une masse et ensuite tranquillement pour ne poignarder qu’une fois, à l’endroit précis… Aujourd’hui, on ferait un débat politico-religieux sur cette manière de « tuer le cochon » mais à cette époque là c’était une fête pour tous !
Ensuite, le cochon était lavé sous et dans l'eau bouillante et brossé, les poils éloignés. Avant d’être dépecé et remis en morceaux dans l’auge, on le pendait écartelé et ouvert en deux sur une échelle solide en bois, où il devait alors sécher. C'est souvent, lors de ces « pendaisons » que les enfants des quartiers où cela se passait étaient informés par les parents et grands parents ( pour moi ce fût par « mon grand – père » Pierre que j'ai énormément appris...) de ces traditions et pouvaient ainsi se forger des souvenirs pour leur postérité. En tous cas cela fût mon cas et pour le coup, je ne regrette pas de savoir et d'être ainsi en capacité de transmettre des faits et des us qui méritent de l'être sans fausse pudeur et encore moins sans reconnaître que c'était comme cela depuis des millénaires certainement.
Néanmoins, oui, on peut le dire, que c’était un peu barbare tout cela, mais c’est pour manger, pour la nourriture de la famille, alors personne non plus ne relevait le fait que les enfants, bien souvent en se cachant la vue et se bouchant les oreilles, assistaient eux aussi au « spectacle ».
.../...

Bonne journée !

2 commentaires:

  1. Je ne peux m'empêcher de penser au tableau de Bacon "l'écorché" en lisant tes lignes
    Certains parlent de violence, d'autres d'Art !
    ;-)

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    1. Cela faisait partie de la vie de tous les jours, à vrai dire, nous passions le plus souvent devant ces scènes sans les voir
      ;-)

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