jeudi 19 avril 2018

Tranches de vie... ( 27 )

Il fait trop beau dehors... pour être dedans... mais comme nous allons aller en villégiature, une dernière publication avant mi-mai... Bonne lecture et à très bientôt !


La famille de Joseph
Tout ce que sa fille Marie Antoinette m’a dit c’est qu’elle avait eu un papa extraordinaire. Elle le vénérait . Joseph était bon et généreux, il ne pensait jamais à soi, c’était toujours les autres qu’il mettait en avant.
Il aimait ses trois enfants et chérissait sa Louise, il lui réalisait plein de belles choses en ébénisterie, un coffre à tricot et broderie avec des incrustations de perles, de bouts de cristal taillés, de miroirs et de petits clous de décoration, un peu de marqueterie aussi et de bois taillé. Il s’était mis aussi à fabriquer des meubles. Chaque enfant aurait pour son mariage au moins une « salle à manger », soit table et chaises d’ ébénisterie et un vaisselier bahut de très grande taille. Les portes de ces derniers étaient décorées avec des motifs ciselés et réalisés manuellement collés ensuite sur les portes, un de ses buffets comportait même des panneaux entièrement ciselés dans la masse, mais cela devait être un travail pharamineux et Joseph, avec l’âge, était devenu maladif et peu résistant.
Cela ne l’empêchait pas de vaquer à ses occupations favorites de chantre et de papa. Il emmenait Marie Antoinette et Marie Thérèse, l'aînée des filles, quand il allait à l’office du matin, vers six heures, et ensuite ces dernières l’aidaient à ranger les prie-Dieu et les bancs avant de s’en retourner et d’aller à l’école. Pierre, le fils de Louise et Joseph était assez timide et secret…il ne le resta pas autant , mais cela plus tard…
Une anecdote parmi d’autres pour finir de parler de Joseph. Pendant les années de guerre 39-45, notre village a été au centre des bombardements lors de l’affrontement entre les allemands et les américains venus pour délivrer les villages occupés . Tous les jours pendant quelques semaines, le village était arrosé d’obus qui étaient tirés d’un versant à l’autre du village et les habitants restaient quasi tous reclus dans les caves en gré rouge derrière les maisons du village… l’usine elle était à l’arrêt bien sûr faute d’approvisionnement et aussi par manque d’argent. Beaucoup de jeunes et plus vieux avaient été enrôlés dans les armées, allemandes mais Joseph lui, tous les jours s’adonnait à son rituel et allait non seulement sonner les cloches mais aussi allait prier souvent avec le curé.
Un jour, dans l’après-midi, à l’arrière du presbytère le curé et Joseph marchaient en priant le bréviaire ensemble, soudain les bombes ont fusé, l’une d’elle tombant et explosant à quelques dizaines de mètres de l’endroit. Ni Joseph, ni le curé n’ont eu de réaction. Le mortier explosât, et... un éclat fusa et traversa les mains ouvertes du curé tenant le bréviaire ouvert et rasant l’oreille de Joseph, siffla en se fichant dans un arbre voisin : dans notre famille, ce « bréviaire » est devenu relique, un cousin, fils de Pierre, le garde précieusement ! ( d’ailleurs c’est aussi ce dernier qui a gardé et pris soin de l’harmonium de Joseph…). Nous sommes tous d’avis dans la famille que ce jour là il y eût un vrai miracle et que ce sont certainement les prières qui ont sauvé les deux protagonistes de cette « anecdote »… Le bréviaire brûlé et traversé par l’éclat d ‘obus en est une preuve !!!
Le reste du temps, Joseph comme déjà dit, s’occupait à travailler dur et il ne faisait pas attention à lui mais seulement à sa famille (sacrée) et voulait gâter tout le monde mais dans la décence et le respect de la « religion ».
Ainsi, la famille allait bien et tout se déroulait dans la tranquillité villageoise. Joseph et Louise étaient respectés et s’adonnaient souvent, très souvent à faire le bien autour d’eux et de leurs enfants, car il devait « rester quelque marque » de leur passage : mais un beau jour, Joseph, après une courte maladie, et une occlusion intestinale, mourut au grand regret de tous ses proches et comme on dit : beaucoup trop jeune, à peine la quarantaine !
Une vie trop courte et certainement inachevée pour ce rêveur et perfectionniste, je ne sais si quelqu’un a pris réellement sa succession, ou si au moins l’un d’entre nous, ses descendants, a en lui ces qualités qui en ont fait une personne « unique » que bien entendu, qui que ce soit aurait eu grande envie de fréquenter.
Avec son frère et sa soeur, ma tante Thérèse et Pierre mon oncle, ma maman, Marie-Antoinette, n’a pas eu la chance de voir son papa rester bien longtemps avec elle, et, je le disais déjà, je n’ai pas eu le bonheur d’avoir connu mon grand-père maternel Joseph.
.../...




5 commentaires:

  1. "Chaque enfant aurait pour son mariage au moins une « salle à manger »..."
    Impressionnant ! :-)

    RépondreSupprimer
  2. Quand maman est morte en fin 2016, nous avons laissé les compagnons d'Emmaüs récupérer les chaise, la table massive et le buffet, avec tristesse...

    RépondreSupprimer
  3. Courte vie, mais bien remplie.
    Dommage pour la salle à manger... enfin, pas pour tout le monde bien sûr

    RépondreSupprimer
  4. mise à jour... mon cousin m'informe que le bréviaire en question est resté chez le curé et que ce doit être sa famille à lui qui le conserve... à suivre. j'aimerai pouvoir le photographier au moins... nous verrons.

    RépondreSupprimer