samedi 9 décembre 2017

Tranches de vie...(3)

Et voilà la suite...

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La maman de Louise était aussi cuisinière, une fine cuisinière d'ailleurs et cela lui donnait l'occasion de «  faire des heures »  à la « Direction ». C'est ainsi que l'on désignait la grande maison de maître qui trônait au milieu de village,pas très loin des écoles, de la mairie et juste à côté de l'entrée principale, de « la porte » de l'usine, bâtisse où résidaient les patrons quand ils étaient présents. Evidemment les patrons venaient de la ville, des villes, ils n'étaient pas présents tous les jours. Une très grande maison qui contenait au moins dix chambres et deux à trois grands salons de réception, des bureaux et une cuisine adaptée aux occasions. Souvent la maman de Louise accompagnée de plusieurs amies s'y rendait pour cuisiner en toutes sortes d'occasions, des visites de clients ou des réceptions de famille et de financiers, il y avait beaucoup de vie, mais seulement par moments, dans cette grande propriété. Elle donnait sur le parc entretenu qui y était attaché et dans lequel il y avait un étang, de grandes surfaces d'herbe et aussi des parcelles de forêts qui pénétraient en son sein. Au fond du parc, une plantation de petits arbustes destinée à l'entretien du parc, les fleurs et les massifs devaient aussi être entretenus et la Direction avait donc ses jardiniers attitrés et de temps à autre quelques privilégiés du village y accédaient, pour aider lors des grands travaux de printemps comme planter, nettoyer, ratisser, couper les rosiers, les arbustes et aussi à l'automne, faucher, ramasser les feuilles mortes, refaire les allées. Le choix des personnes, souvent des hommes en l'occurence, se faisait dans l'ensemble des habitants du village, le papa de Louise a aussi eu sa chance, une seule fois, comme il disait !
Maman tricotait un chandail en côtes et y ajoutait des torsades, une opération très difficile, il lui fallait maîtriser une paire de petites aiguilles en plus des grandes sur lesquelles le tricot était monté. Louise admirait la dextérité de ces mains déjà un peu noueuses de maman et pensait que celle-ci avait déjà beaucoup travaillé dans sa vie. Maman effectivement, avait toujours fait des petits travaux pour aider le ménage à subvenir à ses besoins et pour éviter que papa, lui, ne soit absent beaucoup trop d'heures et ne rentrât que pour dormir. Sa petite famille avait un grand besoin de sa présence et du sentiment protecteur qu'il inspirait quand il était là. Louise pensa au printemps et imagina son papa dans cette nouvelle veste, il serait superbe quand il la portera pour la première fois à la messe du dimanche, peut - être lors de la Fête-Dieu ? Elle le voyait déjà emprunter l'allée centrale de l'église pour rejoindre sa place habituelle dans le quatrième rang des bancs en chêne. Les places à l'église, comme dans beaucoup de lieu de culte, étaient attribuées contre finance, et cela garantissait la place. Il était « interdit » de s'y mettre. Papa allait une fois de plus honorer le talent de maman en portant avec fierté ce vêtement réalisé avec amour.

Vers le soir, avant qu'il ne fasse sombre dans l'étable, Louise accompagnait maman pour aller traire les deux chèvres et nourrir les trois lapins qui faisaient trembler les grillages des clapiers en bois que papa avait confectionnés avec du bois de récupération. Au retour, chacune portait un bras de bois coupé pour pouvoir entretenir le feu dans le poêle de cuisine, il était émaillé blanc. Maman apprenait à Louise à briquer, avec du papier journal, les plaques de cuisson de fonte cerclées, au minimum tous les deux jours . Le poêle trônait dans le coin de la cuisine et son conduit de fumée s'élevait en longeant l'angle intérieur de la pièce. Ce conduit, en tôle chromée, traversait aussi le mur vers la chambre à coucher pour rejoindre le conduit de cheminée principal qui passait au centre de la maisonnée. Par ce procédé simple et peu coûteux, la famille profitait toutes les nuits d'hiver  du restant de chaleur de la journée, et la briquette noire posée sur le foyer du soir entretenait la brûlée pour laisser redémarrer le poêle le lendemain. On emballait cette briquette dans plusieurs feuilles de vieux papier journal, avant de la mettre sur les braises restantes. Souvent Louise pensait que c'était pour cela que tous les jours il fallait qu'elle monte le journal, déposé sur l'escalier, en rentrant de l'école à midi.
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ajout- après le commentaire d'Anne...  

3 commentaires:

  1. La briquette roulée dans une vieille serviette pour chauffer le lit glacé ; j'ai connu ça dans la ferme de ma grand'mère dans la Loire

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  2. Faute de poêle en fonte, nous avons ramené celle de ma maman à Emaüs...l'an dernier!

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  3. Très joli récit, Doume. Je continue. :-)

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